Derrière
la maison de la Garenne, il y avait une forêt de pins odorants,
tapissée d’aiguilles et de bruyère qui crissaient sous mes pas d’enfant.
En levant bien les jambes, je suivais à grand peine le sentier sinueux
qui montait à la souche de l’arbre coupé.
Là, à la limite du monde connu, je m’accroupissais pour observer la vie
grouillante dans l’énorme cratère de bois pourri. En procession, les
fourmis noires peinaient sous leurs fardeaux de graines ou d’insectes,
croisant parfois la trajectoire des fourmis rouges,
dont l’affairement m’apparaissait encore plus étrange. Toujours, je
prenais soin de n’écraser personne ni n’entraver leur passage, pour ne
pas perturber ce travail titanesque. Et sous le soleil d’après-midi qui
faisait chanter les cigales, je humais l’odeur
de la terre et des arbres, loin de la pénombre fraîche de la maison. Je suis retournée l’été dernier à la Garenne. L’odeur enivrante des pins
m’a donné envie de m’éclipser à nouveau dans le petit bois, mais je
n’ai d’abord pas retrouvé la souche… En trois pas de mes bottes de sept
lieues, j’avais enjambé l’immensité qui faisait
jadis battre la chamade à mon petit cœur, et de mes pieds énormes
j’avais écrasé sans vergogne le bois vermoulu de mes émerveillements
d’antan. Photo originale: Catherine Broué, Nantes, juin 2012. Catherine Broué
Des professeures et professeurs de l'Université du Québec à Rimouski partagent leurs découvertes, leurs analyses, leurs créations et leurs opinions sur différents enjeux de société dans des billets qui comptent 1000 caractères.
J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Si une image vaut 1000 mots, alors une idée doit bien valoir 1000 caractères. Mais ai-je suffisamment de caractères pour avoir des idées? Ai-je même assez d’idées pour qu’on souligne mon caractère? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Saurais-je être l’intellectuel synthétique que la société des réseaux sociaux s’attend que je sois? Me laisserais-je prendre de profil sur Facebook? Fera-t-on de moi le tweet de service? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. La pensée critique peut-elle s’accommoder d’un tel manque de caractères? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. C’est trop peu et en même temps beaucoup trop. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Zut, je viens d’en échapper une poignée de plus. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je les ai sur le bout de la langue. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je n’en ai plus un seul. Dites, vous n’en auriez pas de trop? J’aurais quelque chose à dire. Julien Goyette
Affichage des articles dont le libellé est créations. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est créations. Afficher tous les articles
samedi 15 septembre 2012
lundi 10 septembre 2012
Un pape mexicain
dimanche 2 septembre 2012
Citoyen solidaire cherche pays pour relation stable
S’il est une impression que nous sommes nombreux à avoir éprouvée ces
dernières années, c’est bien celle d’être devenus étrangers en notre
propre pays. Quel vertige que de ne plus se reconnaitre dans ses vieux
meubles, d’être en exil chez soi. Devant le spectacle
de la montée de la droite, du "mystère" de la ville de Québec, nous
sommes plusieurs à avoir perdu le Nord. Où est passé mon Québec, mon
Canada, demandons-nous? Les murs de la tour d’ivoire sont-ils si épais
que nous n’avons pas entendu la rumeur qui dit
que le monde a changé? Ou est-ce que dans un réflexe naturel, mais
qu’il nous faudrait pourtant réprimer, nous avons essentialisé une
représentation de nous-mêmes: la sociale démocratie, la Révolution
tranquille, les Casques bleus, etc.? "Nous autres, civilisations,
écrivait Valéry au lendemain de la Grande Guerre, nous savons
maintenant que nous sommes mortelles." L’Histoire nous a joué un de ses
sales tours; elle nous a dépouillés d’une définition de ce que nous
sommes – de ce que nous pensions être ou de que nous
espérions devenir – qui nous allait comme une seconde peau. À partir
des lambeaux de celle-ci, il faudra pourtant se refaire un nouveau
visage. Julien Goyette
mercredi 15 août 2012
Je suis caractériel
J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Si une image vaut 1000
mots, alors une idée doit bien valoir 1000 caractères. Mais ai-je
suffisamment de caractères pour avoir des idées? Ai-je même assez
d’idées pour qu’on souligne mon caractère? J’ai 1000 caractères
pour dire quelque chose. Saurais-je être l’intellectuel synthétique que
la société des réseaux sociaux s’attend que je sois? Me laisserais-je
prendre de profil sur Facebook? Fera-t-on de moi le tweet de service?
J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose.
La pensée critique peut-elle s’accommoder d’un tel manque de
caractères? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. C’est trop peu
et en même temps beaucoup trop. J’ai 1000 caractères pour dire quelque
chose. Zut, je viens d’en échapper une poignée de plus.
J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je les ai sur le bout de
la langue. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je n’en ai plus
un seul. Dites, vous n’en auriez pas de trop? J’aurais quelque chose à
dire. Julien Goyette
Inscription à :
Articles (Atom)
