Mon fils est enseignant stagiaire en secondaire 5 dans le cours "Monde contemporain". Il a commandé cet été au Directeur général des élections le matériel nécessaire pour organiser des élections en classe. Il a présenté le programme des cinq principaux partis québécois aux élèves de ses cinq groupes (n = 96), mais dans une forme banalisée. Le nom des partis était remplacé par un nom de fauve (parti Lion, parti Panthère, etc.). Les mieux informés pouvaient sans doute associer le programme avec le vrai parti. Les programmes étaient présentés en retenant pour chacun cinq grands principes (ou promesses). L'ordre de présentation des programmes variait selon les groupes. Les élèves étaient ensuite invités à voter. Tout cela se déroulait en 70 minutes. Deux élections ont eu lieu avant le jour du vrai scrutin, et trois après. Les résultats du vote sont présentés dans le tableau. On observe que les jeunes ont choisi la CAQ dans une proportion de 28,1%. La population du comté où s'est déroulée l'expérience a aussi élu un député caquiste. L'option souverainiste rejoint 51,1% des jeunes, mais le "libéral-conservatisme" a la cote puisque le cumul des voix accordés à la CAQ et au PLQ totalise 48,9% des votes exprimés. Jean Bernatchez
Des professeures et professeurs de l'Université du Québec à Rimouski partagent leurs découvertes, leurs analyses, leurs créations et leurs opinions sur différents enjeux de société dans des billets qui comptent 1000 caractères.
J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Si une image vaut 1000 mots, alors une idée doit bien valoir 1000 caractères. Mais ai-je suffisamment de caractères pour avoir des idées? Ai-je même assez d’idées pour qu’on souligne mon caractère? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Saurais-je être l’intellectuel synthétique que la société des réseaux sociaux s’attend que je sois? Me laisserais-je prendre de profil sur Facebook? Fera-t-on de moi le tweet de service? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. La pensée critique peut-elle s’accommoder d’un tel manque de caractères? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. C’est trop peu et en même temps beaucoup trop. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Zut, je viens d’en échapper une poignée de plus. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je les ai sur le bout de la langue. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je n’en ai plus un seul. Dites, vous n’en auriez pas de trop? J’aurais quelque chose à dire. Julien Goyette
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jeudi 13 septembre 2012
vendredi 7 septembre 2012
De la démocratie
Selon l’historien Moses Finley, 1912-1986, il n’y a qu’une démocratie: celle directe dans laquelle le citoyen exerce le pouvoir politique sans intermédiaire. Ce que nous appelons démocratie n’est qu’une "aristocratie élective": choisir entre des élites lesquelles formeront le gouvernement. Finley avait à l’idée la démocratie américaine de l’après IIe Guerre où l’apathie politique était vue par des politologues comme un signe d’intelligence politique. Finley montre au contraire que dans la seule démocratie connue, celle athénienne du Ve s. av. J.-C., qu’un citoyen était "acteur" du pouvoir et non seulement "spectateur". C’est aussi par le tirage au sort, les votes fréquents, les mandats courts (un an, une journée) et non renouvelables que les citoyens luttaient, à leur manière, contre la corruption. Souhaitons que le nouveau gouvernement ait le courage d’appliquer les quelques mesures annoncées pour faire de nous de meilleurs "acteurs" politiques: des élections à date fixe, des mandats limités pour le premier ministre, des référendums d’initiative populaire et une réforme du financement des partis politiques… un début de réponse. Bernard Gagnon
jeudi 6 septembre 2012
Et un bidon d'eau de javel, avec ça ?
Ce matin, devant les piles chancelantes amoncelées sur mon bureau:
notes de cours, copies à corriger (déjà, oui!), catalogues d’éditeurs,
livres à consulter – je n’ai pas dit
lire; ça prend trop de temps dans la tâche de prof –,
formulaires de remboursement, règles relatives aux demandes de
subventions, dépliants (tiens, un programme de développement des
compétences informationnelles… est-ce qu’on apprend à faire du
classement
de documents, sur ce site?), etc. - me vient une brusque envie de faire du ménage.
Le Programme de développement des compétences informationnelles tombe
en chute libre dans le recyclage. Mais tout de suite après, je repense
aux dernières élections,
et à la vague d’hommes nouveaux en complet cravate qui vont obstruer
l’Assemblée nationale et dont le projet de société se résume à
faire du ménage, avec du muscle et tout un tas de produits
corrosifs. Pffft… mon envie de table rase vient de s’envoler.
Décourageant, cette vague à droite vers un monde plus "propre"…
Horrifiant, quand c’est à coups de kalachnikov qu’elle s’exprime.
Tout compte fait, je préfère la poussière de la rue, le tintamarre des
casseroles et le capharnaüm de mon bureau.(source de la photo) Catherine Broué
En manque d'un véritable projet de société
Le scrutin du 4 septembre
aura au moins permis de confirmer ceci: le Québec est en manque d’un
véritable projet de société viable et novateur. La plus grave crise sociale des
trente dernières années, dont nous venons d’être témoins, n’aura pas eu l’effet
escompté sur nos politiques. La dernière campagne électorale nous a rappelé
cette cruelle réalité, alors que les débats sont vite retombés dans les
ornières habituelles – va-t-on cesser un jour de nous ressasser la mise à la
retraite des infirmières par Jean Rochon dans les années 1990? Les résultats
aux urnes traduisent bel et bien ce caractère vaseux du débat public actuel.
Comment expliquer autrement que le Parti québécois n’a pu profiter du taux
record d’insatisfaction à l’égard du gouvernement libéral? Face au désir
profond d’innovation et de créativité réclamé par les Québécois à travers la
crise étudiante, personne n’a su saisir la balle au bond. Au matin du 5
septembre, l’Assemblée nationale se retrouve ainsi sclérosée, avec un
gouvernement qui est loin d’avoir les coudées franches. Jean-René Thuot
Sortir de sa minorité
"Les
Lumières, écrivait Kant dans Qu’est-ce que les Lumières?, c’est
pour l’homme sortir d’une minorité qui n’est imputable qu’à lui. La minorité,
c’est l’incapacité de se servir de son entendement sans la tutelle d’un
autre." Pour voir la lumière au bout du tunnel, la nouvelle première
ministre du Québec aura besoin de s’arracher à l’état de minorité dans lequel
les élections viennent de les plonger, elle et son parti. État que l’on peut
imputer, pour une large part, à l’incapacité de l’une et de l’autre à définir
un projet de société capable de rallier une majorité d’électeurs québécois. "La
paresse et la lâcheté, ajoutait Kant, sont causes qu’une si grande partie des
hommes affranchis depuis longtemps par la nature de toute tutelle étrangère, se
plaisent cependant à rester leur vie durant des mineurs […]". Si Mme
Marois et les péquistes espèrent voir le PQ s’affranchir de la tutelle des
autres partis, s’ils veulent qu’il répande l’esprit du pays et incarne un
nouvel idéal collectif, alors ils devront secouer leur torpeur, recommencer à
penser "de leur propre chef" et retrouver le sens de l’audace.
Sinon, comme nous prévient Kant, cette minorité pourrait bien devenir une
seconde nature. Julien Goyette
Rendre à César...
Je suis de celles qui ont souvent
critiqué la qualité du "jugement
politique" de madame Marois. Mardi soir, au Métropolis, je l’ai vue forte et
courageuse, prendre très rapidement des décisions en se souciant avant tout de
la sécurité de tous. Premièrement, en revenant très rapidement sur scène, calme
et souriante, pour demander aux 2000 militants de quitter la salle calmement,
pour leur sécurité. Puis, en une décision qu’elle a dû prendre en une fraction
de seconde, elle a appelé son équipe et sa famille à venir la rejoindre sur
scène; elle a repris le fil de son discours pendant que la sécurité dirigeait
les militants vers la sortie. Combien d’hommes politiques auraient pris le
chemin le plus direct pour la sortie en laissant à d’autres subalternes le soin
de s’occuper de la foule? Elle nous avait dit en campagne qu’elle était une
femme responsable. Elle n’a jamais été aussi éloquente
qu’en restant sur le navire, en bonne capitaine, à s’occuper de son monde. Christine Portelance
mercredi 5 septembre 2012
Permettez-moi de me réjouir… un peu
J’avoue ressentir une joie certaine à voir une femme accéder
au poste de première ministre du Québec. J’ai toujours été convaincue que ce
pays était un endroit où il faisait bon être femme – et j’ose espérer que la
grande majorité des hommes pensent qu’il en est de même pour eux. Rien n’étant
parfait en ce bas monde, la marche de Pauline Marois n’aura pas été exempte
d’obstacles. Vous direz qu’il en est de même pour les autres chefs de parti.
Bien sûr. Mais peut-être que les obstacles n’ont pas été les mêmes… Et fort
probablement que son mandat ne sera pas jugé tout à fait de la même
façon: si une femme fait de la politique "comme un homme", elle sera
accusée d’intransigeance, sinon d’hystérie (oui, cette maladie héritée d’un
autre siècle n’a pas encore été complètement éradiquée…); si elle tente de
faire de la politique "autrement", elle prêtera flanc à ceux qui n’attendent
que de pouvoir dire qu’elle n’a pas l’étoffe d’un chef. Sera-elle condamnée à
tomber de Charydbe en Scylla? Mais aujourd’hui, permettez-moi de simplement me réjouir du
fait qu’après un peu plus de 70 ans de droit de vote des femmes, les électeurs
et électrices québécois ont fait confiance à une femme pour mener la province.
Mais pour combien de temps? (source de la photo) Karine Hébert
De courtes réjouissances
J’ai mis le point final à mon précédent billet vers minuit
hier soir. Malgré ma déception à constater que la première ministre aurait à
jouer avec un gouvernement nettement minoritaire, ma joie à voir une femme élue
à ce poste m’a permis de m’endormir avec un très léger sourire. Sourire qui a fondu rapidement ce matin en me
réveillant avec les nouvelles de ce qui sera dorénavant convenu d’appeler
l’attentat du Métropolis. À l’heure actuelle, plus de questions que de réponses
fusent. Mais force est de constater que le climat de conflit que nous avons connu
au cours des derniers mois a pu mettre en place un contexte propre à
l’expression de dérives. Ce contexte ne relève pas seulement du Printemps
érable. Il faut également jeter un œil sur le cirque politique des dernières
années, cirque dont les acrobaties les moins élégantes ont été présentées
durant la campagne qui a pris fin hier: les attaques personnelles, les
publicités négatives, la propension à dénoncer le programme des autres plutôt
que de vendre le sien n’ont rien fait pour apaiser ce climat orageux. Il faudra
voir comment se négociera le pouvoir en contexte minoritaire… Une petite
suggestion: jeter un œil du côté de Québec solidaire. Karine Hébert
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