"Les
Lumières, écrivait Kant dans Qu’est-ce que les Lumières?, c’est
pour l’homme sortir d’une minorité qui n’est imputable qu’à lui. La minorité,
c’est l’incapacité de se servir de son entendement sans la tutelle d’un
autre." Pour voir la lumière au bout du tunnel, la nouvelle première
ministre du Québec aura besoin de s’arracher à l’état de minorité dans lequel
les élections viennent de les plonger, elle et son parti. État que l’on peut
imputer, pour une large part, à l’incapacité de l’une et de l’autre à définir
un projet de société capable de rallier une majorité d’électeurs québécois. "La
paresse et la lâcheté, ajoutait Kant, sont causes qu’une si grande partie des
hommes affranchis depuis longtemps par la nature de toute tutelle étrangère, se
plaisent cependant à rester leur vie durant des mineurs […]". Si Mme
Marois et les péquistes espèrent voir le PQ s’affranchir de la tutelle des
autres partis, s’ils veulent qu’il répande l’esprit du pays et incarne un
nouvel idéal collectif, alors ils devront secouer leur torpeur, recommencer à
penser "de leur propre chef" et retrouver le sens de l’audace.
Sinon, comme nous prévient Kant, cette minorité pourrait bien devenir une
seconde nature. Julien Goyette
Des professeures et professeurs de l'Université du Québec à Rimouski partagent leurs découvertes, leurs analyses, leurs créations et leurs opinions sur différents enjeux de société dans des billets qui comptent 1000 caractères.
J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Si une image vaut 1000 mots, alors une idée doit bien valoir 1000 caractères. Mais ai-je suffisamment de caractères pour avoir des idées? Ai-je même assez d’idées pour qu’on souligne mon caractère? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Saurais-je être l’intellectuel synthétique que la société des réseaux sociaux s’attend que je sois? Me laisserais-je prendre de profil sur Facebook? Fera-t-on de moi le tweet de service? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. La pensée critique peut-elle s’accommoder d’un tel manque de caractères? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. C’est trop peu et en même temps beaucoup trop. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Zut, je viens d’en échapper une poignée de plus. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je les ai sur le bout de la langue. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je n’en ai plus un seul. Dites, vous n’en auriez pas de trop? J’aurais quelque chose à dire. Julien Goyette
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jeudi 6 septembre 2012
dimanche 2 septembre 2012
Citoyen solidaire cherche pays pour relation stable
S’il est une impression que nous sommes nombreux à avoir éprouvée ces
dernières années, c’est bien celle d’être devenus étrangers en notre
propre pays. Quel vertige que de ne plus se reconnaitre dans ses vieux
meubles, d’être en exil chez soi. Devant le spectacle
de la montée de la droite, du "mystère" de la ville de Québec, nous
sommes plusieurs à avoir perdu le Nord. Où est passé mon Québec, mon
Canada, demandons-nous? Les murs de la tour d’ivoire sont-ils si épais
que nous n’avons pas entendu la rumeur qui dit
que le monde a changé? Ou est-ce que dans un réflexe naturel, mais
qu’il nous faudrait pourtant réprimer, nous avons essentialisé une
représentation de nous-mêmes: la sociale démocratie, la Révolution
tranquille, les Casques bleus, etc.? "Nous autres, civilisations,
écrivait Valéry au lendemain de la Grande Guerre, nous savons
maintenant que nous sommes mortelles." L’Histoire nous a joué un de ses
sales tours; elle nous a dépouillés d’une définition de ce que nous
sommes – de ce que nous pensions être ou de que nous
espérions devenir – qui nous allait comme une seconde peau. À partir
des lambeaux de celle-ci, il faudra pourtant se refaire un nouveau
visage. Julien Goyette
mercredi 15 août 2012
Je suis caractériel
J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Si une image vaut 1000
mots, alors une idée doit bien valoir 1000 caractères. Mais ai-je
suffisamment de caractères pour avoir des idées? Ai-je même assez
d’idées pour qu’on souligne mon caractère? J’ai 1000 caractères
pour dire quelque chose. Saurais-je être l’intellectuel synthétique que
la société des réseaux sociaux s’attend que je sois? Me laisserais-je
prendre de profil sur Facebook? Fera-t-on de moi le tweet de service?
J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose.
La pensée critique peut-elle s’accommoder d’un tel manque de
caractères? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. C’est trop peu
et en même temps beaucoup trop. J’ai 1000 caractères pour dire quelque
chose. Zut, je viens d’en échapper une poignée de plus.
J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je les ai sur le bout de
la langue. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je n’en ai plus
un seul. Dites, vous n’en auriez pas de trop? J’aurais quelque chose à
dire. Julien Goyette
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