J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Si une image vaut 1000 mots, alors une idée doit bien valoir 1000 caractères. Mais ai-je suffisamment de caractères pour avoir des idées? Ai-je même assez d’idées pour qu’on souligne mon caractère? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Saurais-je être l’intellectuel synthétique que la société des réseaux sociaux s’attend que je sois? Me laisserais-je prendre de profil sur Facebook? Fera-t-on de moi le tweet de service? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. La pensée critique peut-elle s’accommoder d’un tel manque de caractères? J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. C’est trop peu et en même temps beaucoup trop. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Zut, je viens d’en échapper une poignée de plus. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je les ai sur le bout de la langue. J’ai 1000 caractères pour dire quelque chose. Je n’en ai plus un seul. Dites, vous n’en auriez pas de trop? J’aurais quelque chose à dire. Julien Goyette

samedi 22 septembre 2012

Deux choses sont infinies


"Deux choses sont infinies: l'univers et la bêtise humaine, mais pour l'univers, je n'en ai pas acquis la certitude absolue" aurait affirmé Einstein. L’actualité fournit trois exemples qui confirment l’hypothèse sur le caractère infini de la bêtise humaine. Il y a d’abord cette photo qui parle d’elle-même. Enlever la pelure des bananes, les coucher sur une barquette de styromousse et les envelopper dans une pellicule plastique. Belle stratégie de mise en marché! Il y a ensuite cette légende urbaine qui circule sur Internet depuis plus d’un an. Elle concerne la ville de Rimouski et un illustre collègue chercheur de réputation internationale qui s’est dévoué au développement de son champ de recherche, de son université et de sa région. La ville de Rimouski a publié un communiqué pour faire le point sur cette infamie. Il y a enfin ce chic type de l’armée canadienne. Il a publié ceci sur FaceBook lors des manifestations étudiantes et il n’a pas été inquiété par son employeur jusqu'à maintenant: "Only the strong survive, les petits communistes trop fifi, vous manifestez, bin assumez. Il faudrait un système national-socialiste [pour envoyer] au camp de concentration les faibles" (source). Le monde est fou, c’est ce qu’on en dit, mon chum pis moué… (Beau Dommage). Source de la photo. Jean Bernatchez

jeudi 20 septembre 2012

Vive le MESRST !


Comme professeur et cofondateur de l’Association science et bien commun, je me réjouis de la création d’un ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie (MESRST) et du fait qu’il soit dirigé par Pierre Duchesne. Il y a tellement d’enjeux particuliers à l’enseignement supérieur (réseaux universitaire et collégial) qu’il est tout à fait justifié qu’un ministère distinct de celui de l’Éducation lui soit consacré. Et je me réjouis aussi du fait qu’un Sommet sur l’enseignement supérieur soit organisé prochainement. Je craignais que l’on veuille réduire la question à l’aspect du financement. Le Sommet pourrait être l’occasion de prendre en compte la parole citoyenne, et pas seulement celle des lobbies (incluant celui des professeurs d’université!). Mais la bonne nouvelle est surtout à l’effet que les enjeux liés à la recherche, à la science et à la technologie ne soient plus sous la tutelle d’un ministère à vocation économique (Développement économique, Innovation et Exportation) et du ministre Sam Hamad. Jamais on n’avait vu pareille dérive marchande de l’institution de la recherche scientifique au Québec. Espoir, donc, mais vigilance, aussi, afin que les bottines suivent les babines. Source de la photo. Jean Bernatchez

samedi 15 septembre 2012

Derrière chez moi, y avait un petit bois…

Derrière la maison de la Garenne, il y avait une forêt de pins odorants, tapissée d’aiguilles et de bruyère qui crissaient sous mes pas d’enfant. En levant bien les jambes, je suivais à grand peine le sentier sinueux qui montait à la souche de l’arbre coupé. Là, à la limite du monde connu, je m’accroupissais pour observer la vie grouillante dans l’énorme cratère de bois pourri. En procession, les fourmis noires peinaient sous leurs fardeaux de graines ou d’insectes, croisant parfois la trajectoire des fourmis rouges, dont l’affairement m’apparaissait encore plus étrange. Toujours, je prenais soin de n’écraser personne ni n’entraver leur passage, pour ne pas perturber ce travail titanesque. Et sous le soleil d’après-midi qui faisait chanter les cigales, je humais l’odeur de la terre et des arbres, loin de la pénombre fraîche de la maison. Je suis retournée l’été dernier à la Garenne. L’odeur enivrante des pins m’a donné envie de m’éclipser à nouveau dans le petit bois, mais je n’ai d’abord pas retrouvé la souche… En trois pas de mes bottes de sept lieues, j’avais enjambé l’immensité qui faisait jadis battre la chamade à mon petit cœur, et de mes pieds énormes j’avais écrasé sans vergogne le bois vermoulu de mes émerveillements d’antan. Photo originale: Catherine Broué, Nantes, juin 2012. Catherine Broué

Un gouvernement différent

Si j’avais un souhait à faire concernant le cabinet des ministres que Pauline Marois s’apprête à former, ce serait que ce cabinet, sous la direction d’une femme, reflète une différence de gouvernance. Je rêve d’y voir siéger des femmes compétentes issues des trois autres partis: Françoise David, Lise Thériault, par exemple, et une députée caquiste. Ce ne serait pas un précédent: Jean Cournoyer fut nommé ministre du Travail dans un gouvernement libéral alors qu’il était membre du parti de l’Union nationale. Lors d’un séjour en Chine en 2009, j’ai eu la surprise d’apprendre que dans ce régime où il n’y a pas d’élections existaient tout de même quelques tiers partis, et que trois ministres, dont celui de l’Environnement, n’appartenaient pas au Parti communiste! Alors si la chose est possible en régime totalitaire, pourquoi pas en démocratie. Ce serait une manière élégante d’installer les travaux parlementaires d’un gouvernement minoritaire dans une autre logique que celle de la dichotomie pouvoir/opposition, et le bien commun, nul doute, y gagnerait. Christine Portelance

jeudi 13 septembre 2012

Une simulation électorale avec des jeunes de 16 ans

Mon fils est enseignant stagiaire en secondaire 5 dans le cours "Monde contemporain". Il a commandé cet été au Directeur général des élections le matériel nécessaire pour organiser des élections en classe. Il a présenté le programme des cinq principaux partis québécois aux élèves de ses cinq groupes (n = 96), mais dans une forme banalisée. Le nom des partis était remplacé par un nom de fauve (parti Lion, parti Panthère, etc.). Les mieux informés pouvaient sans doute associer le programme avec le vrai parti. Les programmes étaient présentés en retenant pour chacun cinq grands principes (ou promesses). L'ordre de présentation des programmes variait selon les groupes. Les élèves étaient ensuite invités à voter. Tout cela se déroulait en 70 minutes. Deux élections ont eu lieu avant le jour du vrai scrutin, et trois après. Les résultats du vote sont présentés dans le tableau. On observe que les jeunes ont choisi la CAQ dans une proportion de 28,1%. La population du comté où s'est déroulée l'expérience a aussi élu un député caquiste. L'option souverainiste rejoint 51,1% des jeunes, mais le "libéral-conservatisme" a la cote puisque le cumul des voix accordés à la CAQ et au PLQ totalise 48,9% des votes exprimés. Jean Bernatchez

Qui se paiera Jean Charest ?

Jean Charest vient à peine de quitter son poste de chef du gouvernement que déjà les rumeurs l’envoient travailler à gauche comme à droite (mais plutôt à droite). Il a à son curriculum vitae trois ans de pratique du droit criminel puis 28 ans de politique active, comme député, ministre, chef du parti progressiste-conservateur canadien, chef du parti libéral du Québec, chef de l’Opposition officielle et premier ministre du Québec pendant neuf ans. Même si le marché est déprimé et en contraction, son expérience (disons plutôt ses contacts!) commande un salaire annuel estimé entre 1,5 et 2,0 millions $, plus encore s’il siège à des conseils d’administration. Des options possibles: avocat chez Davies, Stikeman et Fasken (une des rares firmes d’avocats qui offrent des salaires si élevés), dans une banque canadienne ou encore chez Bombardier qui lui confierait des mandats internationaux de développement des affaires. Il n’irait pas chez Powers Corporation, même si les portes lui sont toutes grandes ouvertes. Je parie sur le fait qu’il se retrouvera dans le sud de la France, oeuvrant pour une entreprise privée d’envergure et occupé à élever son indice relatif de bonheur. Sources: René Lewandowski et Gilles des Roberts. Source de la photo. Jean Bernatchez

lundi 10 septembre 2012

Leçon de politique en forme de ballon de football

C’était le début de la saison de la Ligue nationale de football (NFL) hier aux États-Unis. Le contraste entre ce sport et la vie politique américaine est frappant. Au football, rien ne peut fonctionner sans un travail d’équipe. Le meilleur des quarts-arrière n’y peut rien si sa ligne offensive laisse passer leurs opposants ou si les receveurs échappent les passes. Au contraire, si tous les joueurs font leur boulot, tout va fonctionner. Les joueurs des meilleures équipes travaillent pour le logo sur leur chandail et non pour le nom qu’ils portent dans leur dos disait un sage entraîneur. Ce contraste me semble toujours incongru dans un pays qui valorise autant la liberté individuelle et le chacun pour soi. Le football fait pourtant la preuve que l’entraide et le travail collectif seront toujours plus efficaces que le jeu individuel et le culte de la personnalité! Qui aurait dit que ce sport si rustre en apparence renferme une telle leçon de vie? De quoi légitimer le fait d’y consacrer encore quelques heures… (source de la photo) Frédéric Deschenaux

Un pape mexicain

J'étais à Puebla au Mexique il y a quelque temps pour y faire une communication. Un matin très tôt, je me suis levé pour explorer la ville. Tout était tranquille et silencieux, mais déjà la clarté du ciel était éblouissante. Personne nulle part. Près de la cathédrale (elle fait face à la Maison du peuple du Parti socialiste, comme dans Don Camilio!), j'ai croisé un vieil aveugle qui avançait lentement, une petite chaudière en plastique à la main, pour y récolter les pièces que les passants (absents) voudraient bien lui offrir. Il parlait tout seul, plutôt fort, aussi je ne crois pas qu'il m'ait entendu approcher. J'ai fait résonner dans sa chaudière la plus grosse pièce que j'avais en poche, en lui servant un "Buenos Dias" bien senti. Son visage s'est illuminé et il m'a béni, selon les formes: au nom du père et du fils, tout le tralala, en espagnol bien sûr, avec les gestes en prime. Je pense à lui parfois. Il me semble que c’est à cela que devrait ressembler un pape: la fonction serait plus crédible. (source de la photo de la cathédrale de Puebla) Jean Bernatchez

samedi 8 septembre 2012

Mais à quoi peut bien servir la littérature ?

 
"L’entêtement sans l’intelligence, c’est la sottise soudée au bout de la bêtise et lui servant de rallonge. Cela va loin. En général, quand une catastrophe privée ou publique s’est écroulée sur nous, si nous examinons, d’après les décombres qui en gisent à terre, de quelle façon elle s’est échafaudée, nous trouvons presque toujours qu’elle a été aveuglément construite par un homme médiocre et obstiné qui avait foi en lui et qui s’admirait. Il y a par le monde beaucoup de ces petites fatalités têtues qui se croient des providences." C’est raide, hein? Ça ne vous fait pas penser à quelque chose, ou quelqu’un, même quelques-uns? Moi si. C’est de Victor Hugo, tiré de l’édition de Claude Gueux dont un spécimen gratuit a été déposé cet été dans mon casier par un distributeur bienveillant, je présume. Je le confesse, j’ai lu en fin de semaine, au lieu de préparer mes cours. Ça fait un bien fou, des mots qui veulent dire quelque chose. Photo originale: Catherine Broué, 2011, "Le jardin de la connaissance", Jardins de Métis. Catherine Broué

vendredi 7 septembre 2012

De la démocratie


Selon l’historien Moses Finley, 1912-1986, il n’y a qu’une démocratie: celle directe dans laquelle le citoyen exerce le pouvoir politique sans intermédiaire. Ce que nous appelons démocratie n’est qu’une "aristocratie élective": choisir entre des élites lesquelles formeront le gouvernement. Finley avait à l’idée la démocratie américaine de l’après IIe Guerre où l’apathie politique était vue par des politologues comme un signe d’intelligence politique. Finley montre au contraire que dans la seule démocratie connue, celle athénienne du Ve s. av. J.-C., qu’un citoyen était "acteur" du pouvoir et non seulement "spectateur". C’est aussi par le tirage au sort, les votes fréquents, les mandats courts (un an, une journée) et non renouvelables que les citoyens luttaient, à leur manière, contre la corruption. Souhaitons que le nouveau gouvernement ait le courage d’appliquer les quelques mesures annoncées pour faire de nous de meilleurs "acteurs" politiques: des élections à date fixe, des mandats limités pour le premier ministre, des référendums d’initiative populaire et une réforme du financement des partis politiques… un début de réponse. Bernard Gagnon